Une piscine carrelée qui passe l’hiver sans dommage, ce n’est pas une question de chance. C’est le résultat de choix techniques précis, faits bien avant les premières gelées. Le carrelage de piscine et le gel forment un couple à risque : l’eau qui s’infiltre dans les joints ou sous les carreaux se dilate en gelant, et cette pression suffit à provoquer des fissures, des décollements, parfois des éclats visibles seulement au printemps.
Comprendre où se situent les points faibles permet d’agir au bon moment, avec les bons gestes.
Pourquoi le gel fissure le carrelage de piscine
Vous avez déjà vu une bouteille d’eau oubliée au congélateur ? L’eau, en gelant, augmente de volume. Dans une piscine carrelée, le même phénomène se produit partout où de l’eau stagne : dans les joints, entre le carreau et la chape, dans les micro-porosités du support.
Cette dilatation exerce une pression mécanique sur le revêtement. Les carreaux, rigides par nature, ne peuvent pas absorber cette contrainte. Résultat : les joints éclatent, les carreaux se décollent ou se fissurent en surface.
Le problème est rarement visible immédiatement. Les dégâts du gel apparaissent souvent à la remise en eau, quand la pression hydrostatique révèle les zones fragilisées. Un carreau qui sonne creux au printemps a probablement subi des cycles gel-dégel pendant l’hiver.
Le rôle du support et de la colle
Un carreau ne fissure pas tout seul. La qualité du support (chape, enduit) et du mortier-colle conditionne la résistance au gel. Un collage en simple encollage laisse des poches d’air sous le carreau. Ces vides se remplissent d’eau, qui gèle et soulève le revêtement.
Le double encollage (colle sur le support et sur le dos du carreau) réduit ces vides à presque rien. C’est une précaution de pose, pas un luxe.

Joints de carrelage piscine : le maillon faible face au gel
Les joints sont la première ligne de défense, et la première à céder. Un joint de carrelage standard, à base de ciment classique, absorbe l’humidité. En zone immergée, il reste saturé d’eau en permanence. Quand la température descend sous zéro, c’est là que la fissuration commence.
Un joint époxy résiste mieux au gel qu’un joint ciment classique. La résine époxy est quasi imperméable, ce qui limite l’absorption d’eau et donc le risque de dilatation. Son coût est plus élevé, mais sur une piscine exposée au gel, l’investissement se justifie sur la durée.
Autre point souvent négligé : le joint périphérique, entre la margelle et le carrelage. Ce joint de dilatation doit rester souple pour absorber les mouvements du bassin. Un mastic silicone adapté aux piscines remplit ce rôle. S’il est sec, craquelé ou absent, l’eau s’infiltre directement dans la structure.
Vérifier l’état des joints avant l’hiver
Avant l’hivernage, inspectez les joints de votre piscine carrelée. Cherchez les signes suivants :
- Des joints qui s’effritent au toucher ou qui présentent des lacunes visibles, signe d’une usure avancée
- Des zones où le carreau sonne creux quand on tape dessus avec un objet dur, ce qui indique un décollement sous-jacent
- Un joint périphérique (entre margelle et carrelage) durci, fissuré ou décollé, qui ne joue plus son rôle de souplesse
Réparer ces défauts avant l’arrivée du froid coûte bien moins cher que de remplacer des carreaux au printemps.
Hivernage d’une piscine carrelée : les gestes qui protègent la structure
La plupart des articles sur la protection antigel parlent de flotteurs et de bouchons d’hivernage. Ce sont des accessoires utiles, mais pour une piscine carrelée, la logique est légèrement différente.
Ne videz jamais complètement une piscine carrelée pour l’hiver. Le bassin vide subit la pression du terrain environnant (poussée des terres, remontée de nappe phréatique). Cette pression peut déformer la structure et provoquer des fissures dans le carrelage, même sans gel.
Le niveau d’eau doit être abaissé sous les buses de refoulement et le skimmer, mais le bassin reste rempli aux deux tiers environ. L’eau restante joue un rôle de contrepoids contre la poussée extérieure.
Filtration et détecteur de gel
En hivernage actif, la filtration tourne quelques heures par jour, souvent la nuit quand les températures sont les plus basses. L’eau en mouvement gèle beaucoup moins vite que l’eau stagnante. Un coffret hors-gel, équipé d’une sonde de température, déclenche automatiquement la pompe quand la température de l’eau approche de zéro.
Ce dispositif protège à la fois les canalisations et la surface du bassin. Sans lui, en hivernage passif, il faut compter sur les flotteurs d’hivernage disposés en diagonale pour absorber la pression de la glace sur les parois.

Assurance piscine et fissures de gel : ce que beaucoup de propriétaires ignorent
Voici un angle rarement abordé. Beaucoup de propriétaires pensent que leur assurance habitation couvre les dégâts de gel sur la piscine. La réalité est plus nuancée.
Le gel des canalisations ou équipements mal hivernés est une cause d’exclusion fréquente dans les contrats multirisque habitation. Si l’assureur estime que l’hivernage n’a pas été correctement réalisé, il peut refuser la prise en charge.
Depuis le décret n° 2024-82 du 5 février 2024, les dommages liés aux mouvements de terrain (sécheresse, réhydratation des sols) ne sont couverts par la garantie catastrophe naturelle que s’ils affectent la solidité du bâti principal. Les piscines, considérées comme constructions annexes, sont souvent exclues de cette garantie, même avec un arrêté de catastrophe naturelle.
Concrètement, une piscine maçonnée carrelée fissurée à la suite de mouvements de sol ne sera probablement pas indemnisée si elle est dissociable des fondations de la maison.
- Vérifiez les clauses d’exclusion de votre contrat, notamment la mention « défaut d’entretien » ou « défaut d’hivernage »
- Conservez les factures d’entretien et de mise en hivernage pour prouver votre diligence en cas de sinistre
- Envisagez une garantie spécifique piscine ou une assurance dommages-ouvrage si votre bassin est récent
Un hivernage bien documenté (photos, factures, dates) constitue votre meilleure protection, autant que les flotteurs dans le bassin. Le choix du revêtement, la qualité des joints, la rigueur de l’entretien avant l’hiver : chaque étape réduit le risque de fissures et renforce votre position face à l’assureur si un dommage survient malgré tout.

